Les modes de fossilisation
Contrairement aux modes de fossilisation un peu spéciaux, survolés dans un article précédent, les types les plus classiques et les plus fréquemment vus sur le terrain sont détaillés ci-après.
Coquille conservée
Type de fossilisation assez communément rencontré pour les fossiles cénozoïques, les coquilles ont été préservées en totalité, parfois incluant leurs couleurs d’origine, ou en grande partie, certains composants organiques ont été dissous.
Parfois, de la calcite peut avoir été combler les pores du fossile, le rendant plus lourd et plus solide que la coquille de départ.
Les meilleures préservations sont visibles dans le Lutétien du Bassin Parisien, à Grignon, Fercourt et Damery.
Moule interne et externe
Plutôt typiques des fossiles plus anciens, mais néanmoins signalés dans le quaternaire de Thaïlande, par exemple, les moules internes et externes sont ce qui reste quand les eaux acides percolant dans la roche durcie ont dissous les coquilles calcaires.
Il est très important dans ce cas de récolter les deux, et de ne pas se contenter du moule interne seul comme on peut le voir hélas trop souvent.
Par simple moulage de l’empreinte externe on peut reconstituer l’aspect original de la coquille.
Les sites de Olloy-sur-Viroin (Coblencien), Novion-Porcien (Oxfordien), Faissault (Oxfordien), Machéroménil (Albien moyen) fournissent essentiellement des moules internes et moulages externes, parfois mélangés avec des coquilles conservées ! Dans ce cas on se rend compte que les coquilles calcitiques ont été préservées, celles en aragonite ont disparu.
Remplacement
Le « trou » laissé par la dissolution de la coquille peut ensuite être rempli par les substances chimiques en solution dans les eaux de percolation, et reconstituer l’apparence de la coquille elle-même. En fonction de la finesse de grain de la gangue, la copie peut être plus ou moins fidèle à l’original.
Les minéraux prenant part à ce processus seront détaillés plus loin.
Epigénie
Dans ce cas de figure, le fossile est remplacé molécule par molécule, la substance d’origine laisse sa place à un autre minéral dissous dans l’eau. La copie est très fidèle à l’original étant donné le remplacement « moléculaire ».
Les minéraux ci-après peuvent prendre part au processus d’épigénie :
Calcite : la plus connue, intervient dans la grande majorité des cas. Citons par exemple les sites bajociens du Calvados comme Feuguerolles et Fresney-le-Puceux.
Pyrite : indissociable des argiles et des marnes, les ammonites pyritisées sont un grand classique du Callovien des Vaches-Noires et de l’Albien de Wissant.
Silice : donnant fréquemment de très beaux fossiles, on rencontre ce type d’épigénie dans l’Oxfordien de Neuvizy et l’Albien supérieur de Strépy-Thieu.
Pétrification des restes de vertébrés
Les os et les dents sont relativement légers à l’origine, étant plus ou moins poreux. Les eaux de percolation riches en sels minéraux vont alourdir et renforcer les fossiles, mais également en modifier plus ou moins fortement la couleur.
Les dents de requins par exemple, blanches au départ, peuvent devenir bleutées, rouges, vertes, roses, noires en fonction des sels minéraux présents dans l’eau. La couleur permet, avec un peu d’expérience, d’assez facilement déduire le site d’origine des dents quand on ne le connaît pas.
Si le phosphate de chaux est le principal, et le plus fréquent composant de cette pétrification, les ossements poreux du Port anversois peuvent voir leurs pores comblés par de la calcite.
Carbonisation
Type de fossilisation typique des restes végétaux, et particulièrement des fossiles du Houiller, il résulte généralement en une importante perte de volume.
Ce processus implique de la chaleur et une forte pression, qui vont transformer en carbone presque pur tous les restes organiques présents au départ. Un tronc ou une branche peut très bien devenir une mince pellicule charbonneuse sur du schiste ou du grès.
Les fougères fossiles des environs de Mons, Saint-Etienne et Valenciennes, pour citer quelques exemples, sont des spécimens appréciés des amateurs.
Inclusion dans l’Ambre
Rencontré dans l’Oligocène de la Baltique ou de République Dominicaine, l’ambre est une résine fossilisée, légère mais assez résistante et se polissant très bien, résine qui a fréquemment inclus de nombreux restes d’insectes. La préservation est excellente, les détails les plus fins sont conservés.
Des ambres sont connus depuis le Crétacé, les pièces du Nord de la France (Eocène inférieur) ont livré une faune d’insectes très intéressante.
Le copal de Madagascar est un autre type de résine pétrifié, géologiquement plus récent. (Pléistocène)
Inclusion dans la Glace
Ce type de fossilisation est uniquement rencontré dans les régions très nordiques abritant du permafrost, (Sibérie) on y retrouve des squelettes bien conservés, mais occasionnellement les parties molles le sont également.
Le mammouth Jarkov en est l’un des derniers exemples connus.
Inclusion dans le bitume
Les fosses à bitume de Rancho la Bréa, quartier de Los Angeles, étaient recouvertes d’eau où de nombreux animaux venaient boire, ils s’y enlisaient et y mouraient inexorablement. Leurs squelettes sont très bien conservés par l’asphalte et bien sûr grâce à l’absence quasi totale de charognards.
Dans le bitume solidifié on découvre de temps en temps des insectes fossiles, animaux rarement découverts ailleurs vu leur grande fragilité.
Phil « Fossil »
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