Faut-il ramasser tous les fossiles affleurant sur un site ?
Très bonne question en vérité, un tantinet philosophique au demeurant.
Certains amateurs ont comme principe de tout ramasser, d’autres se limitent à un ou deux spécimens de chaque espèce afin d’en « laisser pour les autres ».
Les extrémistes protectionnistes, quant à eux, prétendent que l’on doit tout laisser sur place et ne surtout rien échantillonner.
Qui peut donc bien détenir la vérité dans ce cas ?
La question est plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, et doit être mûrement réfléchie à la lumière de l’expérience.
Le principe de base, à toujours garder présent à l’esprit, est : « fossile ramassé, fossile sauvegardé ». Il en résulte qu’un spécimen a plus de chances d’être préservé dans une collection (qu’elle soit publique ou privée) que sur le terrain où il est soumis à l’altération naturelle ou artificielle due aux activités humaines.
Cela dépend assurément de plusieurs paramètres.
Tout d’abord le site de fouilles :
Si, sur un site naturel peu soumis aux dégradations il est généralement (mais pas toujours) préférable de limiter ses prélèvements à ce qui affleure et en quantité raisonnable, il est certains affleurements qui peuvent (et doivent) être exploités de manière intensive afin de sauver un maximum de fossiles de la destruction naturelle ou anthropique !
Ce sont, liste bien évidemment non exhaustive :
- carrières, mines, chantiers, champs, plages et falaises, montagnes, berges de rivière et de torrent…
Dans ces cas, tout fossile affleurant ou non, a une espérance de vie extrêmement courte et doit donc être récupéré au plus vite ! Le laisser pour le visiteur suivant résulte le plus souvent en sa transformation dans l’intervalle en un galet informe, sa destruction dans un concasseur, sous les roues d’un tracteur ou les chocs de la charrue, ou sa disparition définitive sous de l’asphalte ou du béton…
Une fois le site rendu inaccessible, de par l’arrêt des travaux, la « réhabilitation » de la carrière ou l’ensablement des côtes, le patrimoine est exclusivement visible dans les collections, et au plus nombreux les spécimens auront été préservés dans des collections géographiquement dispersées, au moins de « chances » on aura que ce patrimoine disparaisse un jour totalement de la surface de la Terre…
Ensuite, le type de gangue encaissante.
Certains sites naturels présentent des affleurements de roches tendres, voire très tendres, à fort potentiel d’érosion et dans ce cas les fossiles « ressortent » plus vite et sont d’autant plus rapidement soumis à l’altération due aux intempéries, gel, destruction par les lichens et autres végétaux :
- sable
- argile
- marne
- craie
- falun
- tuffeau
- schistes
Dans ces cas de figure, même si d’aventure l’on ramasse tout ce qui affleure, l’érosion y est tellement rapide que le suivant y trouvera toujours bien son bonheur également.
Sans oublier que le « rafraîchissement » de la coupe géologique par le passage d’un chercheur dégage des choses qu’il n’a pas pu voir mais que le ou les visiteurs suivant(s) découvriront.
Enfin, le type de fossile et sa préservation.
Par essence, certains fossiles sont nettement plus sensibles à l’altération que d’autres, et donc sur les sites ils doivent être ramassés au plus vite !
Citons entre autres les Spirifers de certains sites belges dont la fine coquille s’écaille très vite après leur exposition à l’air, les ammonites en craie du Boulonnais qui se désintègrent après une seule nuit de gel, les dents de requins qui se décolorent et se désagrègent sous les chocs thermiques et le contact des racines de végétaux, les oursins à coquille en calcite qui « explosent » dès qu’ils sont soumis au gel.
Certains fossiles phosphatés comme les crabes et les otolites de cétacés du Port d’Anvers, se brisent dès qu’ils sont exposés au soleil (en séchant trop vite ou par les différences trop rapides de température), il convient donc, dès leur découverte, de les abriter dans une boite fermée.
Les ossements de vertébrés sont également très fragiles, et se délitent en esquilles dès qu’ils sont soumis aux chocs thermiques ! Et ce d’autant plus qu’ils contiennent une proportion plus ou moins significative de pyrite. Là non plus, pas d’alternative à la collecte la plus rapide possible.
Certaines coquilles cénozoïques sont tellement fragiles que l’utilisation d’un produit durcisseur sur le terrain est rigoureusement indispensable, et ce au fur et à mesure du dégagement de la gangue sableuse ! Une préservation « in situ » n’est même pas pensable un seul instant…
Les fossiles en pyrite ou en marcasite doivent en règle générale être protégés par des produits spéciaux, et là, à nouveau, la collecte préalable est totalement inévitable.
Signalons enfin que pour avoir une petite chance de nos jours d’encore découvrir des espèces inconnues de la Science, il n’y a aucune alternative à de nombreuses et fréquentes visites aux sites fossilifères…
Comme toujours, il convient de ne pas prendre pour « paroles d’évangile » le ramassis de stupidités que colportent certaines personnes se prétendant « bien informées », mais au contraire il faut toujours exercer son esprit critique et réfléchir posément et calmement à tous les aspects du problème…
C’est généralement là où le bat blesse ! La réflexion…
Pour rappel, notre album photo des spécimens détruits par l’érosion :
Phil « Fossil »
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