La recherche des Carcharodon carcharias à Anvers (3ème partie)

Publié le par Phil Fossil

 
Cher Phil,
 
Dans le prolongement de mes précédentes mises en garde sur le sujet, que tu as d’ailleurs diligemment répercutées, ce dont je te remercie plus que vivement, je voudrais faire part à tes fidèles lecteurs d’une expérience plutôt désagréable qui m’est arrivée voici quelques semaines lors d’une prospection dans les sables de l’Oorderen.
Certes, il fallait s’y attendre, car on approchait à grands pas de l’hiver.
Vous pouvez imaginer sans peine, c’était une de ces journées maussades et indéfinissables, durant lesquelles vous pourriez avoir l'impression de voir les quatre saisons de l'année se succéder à un rythme accéléré en quelques heures.
            J’avais quitté mon domicile sous un ciel uniformément gris, mais j’avais eu la surprise de trouver le zoning portuaire d’Anvers baigné d’un soleil resplendissant, le parfait augure pour une agréable et fructueuse journée de prospection fossilifère. Mais c’était sans compter sur la météo très capricieuse de cette fin du mois d’octobre : les nuages s’étaient vite faits de plus en plus nombreux mais - surtout - noirs et menaçants sur tout un côté, qui avaient commencé à grignoter ce ciel uniformément bleu de l’autre.    
Puis, tout à coup, sans crier gare, ce fut une solide douche !
Mais pas la simple ondée passagère, non, plutôt une soudaine averse orageuse, du genre à vous tremper et à vous glacer instantanément, celle qui vous ferait immanquablement attraper un bon gros rhume si, par la suite, ce même soleil associé au vent ne s’était remis de la partie pour me faire sécher en quelques minutes !
Heureusement, quelques instants à peine avant que ne tombât cette « drache » nationale, j’avais installé mon matériel numérique étanche à un endroit qui m’avait paru très propice.
Ne me demandez pas sur base de quels critères précis : comme je vous l’ai déjà fait savoir auparavant, je ne dévoile jamais, par principe, ce genre d’informations par trop convoitées. Sachez seulement que j’avais bon espoir que l’endroit me fût favorable. Ce qui devait suivre n’allait certes pas me détromper. Car, si c’est plutôt détrempé que j’allais vite me retrouver, sur le moment je n’en eus pas cure : en quelques instants, alors que le sol sableux était encore éclairé par les rayons indirects de ce faiblard soleil d’automne, voilà qu’apparût sous mes yeux ébahis l’objet de tant de convoitises.
Une carcharias toute fraîche sortit de l’oubli en quelques secondes… 
A cet égard, je ne peux que vous renvoyer à la courte vidéo que je réussis à sauvegarder par la suite, un « clip » qui se passe de tout commentaire. Je suis très heureux vous présenter ce document qu’une chance inespérée a pu me permettre de réaliser pour immortaliser cet instant magique. Vous imaginerez aisément quel ne fut pas mon degré d’excitation face à un tel spectacle, vécu quasiment en direct.
 
 
 
(NDLR : la vidéo occupe 22 MB, donc merci d’être patient…)
 
 
Certes, ce n’était pas la première fois, mais tout de même !
D’aucuns pourraient avancer qu'il doit dès lors être plus que passionnant de procéder à ce genre de recherches sur le terrain, nonobstant la météo, et que ce doit aussi être un intense bonheur que de faire une telle découverte, de vivre une telle expérience. Et ils n’auront pas tort. Mais ne vous fiez pas aux apparences, vous vous exposeriez à de bien cruelles déceptions. En effet, ce spectacle grandiose que j'ai eu la chance - quasiment miraculeuse - de filmer en direct, s'est en réalité terminé en sombre débâcle.
Pour preuve de ce que j’avance, je ne peux que vous livrer sans ménagement les deux photos prises quelques instants plus tard, dès que l'averse orageuse se fut estompée.
 
 
 
(NDLR : avant)
 
Carcha-after.jpg 
 
(NDLR : après)
 
 
Vous conviendrez que ce que je voyais de prime abord était trompeur : la pointe d’une dent bleutée, avec une serrulation effrayante bien régulière et en place, quoi de plus prometteur ? Mais lorsque je sortis prudemment ce bijou de son écrin sablonneux, moyennant les strictes précautions décrites auparavant et auxquelles je vous renvoie, quelle ne fut pas mon incommensurable détresse de constater que, sous cette couronne mirifique, il n’y avait RIEN !
Pas l’amorce, même pas l’embryon de ce qui s’apparenterait à une racine.
Cet instant extraordinairement prometteur se mua en une bien triste désillusion, je dirais même plus : une effroyable déconvenue.
            Et c’est précisément là, cher Phil, que réside le sinistre danger qui guette le chercheur. Combien de malheureux ne se sont-ils pas effondrés suite à une telle expérience ? C’est qu’il faut assurément disposer de nerfs d'acier, pour résister à un tel choc émotionnel. Les risques ne sont pas négligeables. Les cas subis de profonde dépression ultérieure, voire même d’un suicide pur et simple sur place ne sont - hélas ! - pas aussi rares qu’on pourrait le croire dans ce monde fermé, hostile et ingrat qu'est la Paléontologie.
Et lorsqu'un amateur effondré, dans un brusque accès de désespoir face à un tel drame, s'est fait « seppuku » (« hara-kiri » si vous préférez) avec son marteau de géologue, ce n'est pas un spectacle beau à voir, croyez-en mon expérience.
Vraiment pas ragoûtant, je vous assure !
Mais comment ne pas le comprendre ?
Qui pourrait résister sans séquelles au brutal passage, en quelques fractions de secondes, d'un état d’excitation intense vers le stade d'une brutale déception aux profondeurs abyssales ? Vous parlez d’une décompression ! Quelle déchirure ! Un tel stress ne peut que générer sans avertissement une surcharge psychologique quasi insoutenable, à laquelle le commun des mortels n'est aucunement préparé.
Dans mes précédentes mises en garde, je ne parlais pas seulement de la nécessité pour le prospecteur de jouir d'une excellente condition physique, mais je songeais également à une indispensable préparation mentale. La prospection dans l’Oorderen est une expérience existentielle dont on ne revient jamais indemne, Messieurs les Ignorants. Elle s’apparente à la quête du Saint Graal et répond parfaitement à l’expression « beaucoup d’appelés mais peu d’élus ». 
Je te remercie d’ailleurs vivement, Cher Phil, de continuer à répercuter autant que faire se peut ces informations essentielles : en préservant vierges de toute prospection les champs de l’Oorderen, tu fais Œuvre utile et je tiens encore une fois à te féliciter pour ton remarquable courage paléontologique.
 
Et je sais pourtant combien il t’en coûte !
 
 
CarchaDOrias
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Publié dans Ecarts de CarchaDOrias

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P
Bonsoir les amis,Olivier, tu n'es pas très loin de la vérité, c'est ce que l'on appelle le petit monde des effets spéciaux... Point besoin d'un ordinateur de pointe pour ce genre de réalisation !Sorry Domi, j'ai effectivement tellement juré pour télécharger la vidéo que je ne me suis même pas aperçu que le texte n'était pas le dernier !Allez, à plus les potes !Phil "Fossil"
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M
Hello Phil,Le Spielberg nouveau est arrivé ???A +Meggie
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C
Riez, Môssieu Olivier ! Gaussez-vous, inconscient que vous êtes... Sachez bien que vos railleries et vos quolibets ne me touchent pas. Rien ni personne n'arrêtera désormais CarchaDOrias dans sa noble tâche de sauvegarde de ses propres concitoyens. Vous ferez partie de ces éternels iconoclastes qui refuseront de se ranger à l'évidence. Et d'ailleurs (comme je l'écrivais également - merde Phil, t'as pas pris la dernière version de mon texte - dans cette nouvelle mise en garde) le jour où, dans un geste de désespoir, un autre chercheur déçu ira jeter sa voiture à pleine vitesse contre les murs qui entourent la centrale nucléaire de Doel, dans le simple but d'en "finir", il se trouvera toujours une foule de journalistes en mal de sensation et de badauds pour attribuer sans vergogne cette tragédie au terrorisme d'Al quaida ! Et bien allez-y, dans l'Oorderen, et vous verrez ce qu'il en coûte...
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O
Après avoir visionné la vidéo, je me pose la question suivante : est-ce l'arrosoir qui a fait le voyage jusqu'à Anvers ou est-ce un bout d'Oorderen qui a été ramené dans le fond du jardin de Carchadorias ?
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