La recherche des Carcharodon carcharias à Anvers (4ème partie)
Sais-tu, mon Cher Phil, combien de projectiles, de bombes en tous genres, de mines, petites ou grosses, de torpilles ou d’obus, de toutes nationalités et de tous calibres, tombèrent - que dis-je - furent systématiquement déversés, durant toute la Seconde Guerre Mondiale, sur la zone portuaire d’Anvers ?
Des dizaines, voire des centaines de milliers !
Eh oui.
Certes, bien peu s’en souviennent aujourd’hui.
Et c’est précisément là que, pour nombre de prospecteurs inconscients, le bât blesse...
Petit rappel des faits, qui n’est pas sans importance, à l’usage de tous ceux qui continueraient à s’aventurer dans cette région dangereuse sans aucune précaution particulière :
La libération d'Anvers, qui eut lieu le 4 septembre 1944, et le nettoyage de l'estuaire de l'Escaut, achevé au début du mois de novembre, donnèrent aux Alliés un port quasiment intact, ce qui facilitait considérablement l'appui logistique des unités au front. Mais l’armée allemande ne s'avoua cependant pas vaincue car, dès le 7 octobre de la même année, Anvers devenait la cible des armes secrètes nazies.
Et si la zone portuaire est un gigantesque cimetière marin, connu des paléontologues du monde entier, c’est aussi un immense champ de bataille et le site historique d’une lutte acharnée pour la possession d’un accès vers la mer du Nord. D’ailleurs, lorsque les Allemands lancèrent la célébrissime et mondialement connue « Bataille des Ardennes », c’était moins pour satisfaire un vain sursaut d’honneur que dans l’espoir un peu fou de renverser le cours de l’Histoire par une tentative désespérée de reconquérir le port d’Anvers.
L’importance stratégique des lieux ne sera sérieusement contestée par personne.
Mais que dire plus particulièrement des environs du village de Doel ? D’ailleurs, as-tu remarqué, mon Cher Phil, le nombre impressionnant d’anciens forts qui longent l’Escaut sur toute la traversée avant l’embouchure ? Les rives du fleuve ne sont d’ailleurs qu’une succession de fortins qui correspondent aux localités, mais qui sont des noms particulièrement bien connus des collectionneurs pour d’autres raisons, très peu militaires : Kallo, Lillo, pour ne citer que ceux-là.
Ce qui est toutefois moins public, c’est que la Seconde Guerre Mondiale fut une véritable aubaine pour les amateurs.
Je m’explique.
Aussi incroyable que cela puisse paraître de prime abord, les incessants bombardements du port d’Anvers firent à l’époque la joie des paléontologues, ce qui constitue une réalité historique que les livres n’ont injustement pas retenue.
Pourtant, les explosions répétées creusaient de si profonds cratères qu’elles envoyaient valdinguer, à plusieurs centaines de mètres à la ronde, tels d’improbables « shrapnels » préhistoriques, des fossiles divers tels les Carcharodon megalodon, les Cosmopolitodus hastalis, les Isurus desori, et quantité d’autres fragments en divers états de conservation.
Imaginez en outre les nouvelles fusées balistiques V2 : dans leur chute, elles ouvraient des cratères de plusieurs dizaines de mètres de profondeur, soit une hauteur largement suffisante pour que ne fussent sérieusement perturbées toutes les couches successives du Miocène inférieur et supérieur, du Pliocène, ce après que n’eussent été elle-mêmes traversées comme du beurre les couches de quaternaire, de tourbe et de limon.
Et les bombes volantes non pilotées de type V1, qui s’éparpillaient souvent par manque de précision, tombant dans la nature autour d’Anvers, ne devaient également pas faire dans la dentelle, pas loin d’obtenir les mêmes résultats de prospection intensive et accélérée, à des profondeurs et dans des couches géologiques à peine inférieures.
Quel délire !
Car ce qui est une conséquence inattendue, restée jusqu’à présent dans les oubliettes de l’Histoire, c’est que certains collectionneurs acharnés mettaient à profit cette pluie de projectiles pour poursuivre, voire même intensifier leurs recherches. Tels des combattants de Stalingrad sortant de leur trou à rats pour s’en aller à la quête de quelque improbable nourriture, ils profitaient eux aussi de la moindre accalmie pour poursuivre leurs recherches.
Dès l’instant où les sirènes d’alerte avaient retenti pour annoncer la fin (toute provisoire) des bombardements, les prospecteurs de tous poils se précipitaient hors de leurs abris pour s’en aller battre la campagne anversoise, histoire d’examiner à la loupe les sols sableux fraîchement retournés par les explosions.
Certes, c’est une anecdote injustement méconnue !
Mais imagines un instant, mon Cher Phil, quelles récoltes miraculeuses devaient s’offrir aux collectionneurs : toutes ces couches opportunément dégagées par les explosions successives, toutes ces dents et vertèbres dispersées aux quatre points cardinaux sur le sable. Certains « bons jours », c’était - dit-on - une véritable pluie de fossiles à laquelle étaient coutumiers les habitants du cru, une incroyable « manne céleste », et une moisson providentielle dont parlent encore les (très) anciens prospecteurs…
Comment d’ailleurs ne pas penser avec un brin de nostalgie ou d’envie à cette époque, que tous les chercheurs qui la connurent évoquent encore avec de l’émotion contenue dans la voix, et parfois même des larmes aux coins des yeux ?
Evidemment, me feras-tu remarquer dans ton légendaire sens de l’à-propos, certaines de ces pièces devaient être endommagées. Certes, je n’en disconviendrai pas. Mais considérant l’extraordinaire richesse du sous-sol anversois, il n’est pas contestable que leur récolte devait être quasi miraculeuse. Bon nombre de collections locales, d’une diversité, d’une quantité et d’une qualité inimaginables, se sont à n’en pas douter méthodiquement constituées à cette époque, des vestiges qui dorment certainement dans de sombres caves oubliées, voire dans des salles fortifiées, à l’abri des regards indiscrets et surtout des convoitises inhérentes à cette recherche !
Voilà pour l’Histoire…
Mais par contre, ce qui est malheureusement tout aussi sûr, c’est que certains des projectiles qui s’abattirent sur la région d’Anvers n’explosèrent pas.
Car ils n’explosaient pas toujours, loin s’en faut…
C’est dès lors absolument incontestable qu’il subsiste, traîtreusement éparpillées dans le sous-sol anversois, des quantités indéterminées mais considérables de projectiles de tous calibres non explosés, mais qui ne demandent qu’à s’éclater à l’air libre, pour peu qu’on ne les remue un peu imprudemment, voire qu’on ne les heurte par accident.
Des « racontars », pensez-vous ?
Les habituelles élucubrations de CarchaDOrias ?
Que nenni !
Tenez, les statistiques viennent justement d’être rendues publiques : rien que ces deux dernières années, ce ne sont pas moins de 455 engins explosifs (mines, torpilles et autres bombes) qui furent localisés puis détruits dans les eaux territoriales, en mer du Nord, par les services spécialisés des Marines belge et néerlandaise.
L’origine de cette chasse remonte d’ailleurs au mois d’avril 2005, lorsque une bombe de la Seconde Guerre Mondiale explosa, tuant trois marins pêcheurs à bord d’un chalutier néerlandais. Les ministres de la Défense de Belgique et des Pays-Bas décidèrent alors de « nettoyer» au maximum les eaux territoriales des plus de quatre millions de mines marines laissée en mer du Nord, non seulement par la Kriegsmarine d’Adolf Hitler, mais également par les armées alliées. A ces mines s’ajouteraient par ailleurs des centaines de milliers de torpilles non explosées, ainsi qu’un nombre équivalent de bombes larguées en mer par l’aviation alliée au retour de ses raids sur l’Allemagne.
Alors, vous ne me croyez toujours pas ?
Vraiment, vous ne me croyez pas ?
Inconscients que vous êtes…
Tenez !
Tout récemment, pas plus tard que ce dimanche 6 janvier 2008, un bateau de dragage remontait déjà une bombe, la « première » de l’année, lors de la reprise des travaux actuels d’approfondissement du Churchilldok.
Vous savez, ceux-là même qui sont précisément à l’origine de l’apparition récente d’un nouveau site fossilifère qui…. hein, que dis-tu, Phil ?
On ne peut pas en parler ?
Comment ça ?
C’est confidentiel ?
A la demande expresse de certains prospecteurs ?
Ah !
Bon et bien, n’en parlons plus.
Mais à leurs risques et périls, alors.
Parce qu’ils ne savent pas encore ce qu’ils encourent.
Heureusement, pour cette fois, en fait de monstruosité destructrice, après examen par les spécialistes de service de déminage DOVO, l’engin qui a été découvert ce dimanche apparut n’être qu’une modeste « bombinette », un projectile qui ne pesait pas plus de cinquante kilogrammes, dont seulement sept de matière explosive. Selon toute vraisemblance un ancien obus tiré par un canon hollandais.
Un gros pétard mouillé, quoi…
N’empêche !
J’en connais qui feraient bien de se méfier à l’avenir et de réfléchir quelques instants, lorsqu’un de ces prochains jours, sur un quelconque terrain vague de la région d’Anvers - secret ou pas - ils gratteront fébrilement une fantastique couche fossilifère, dans le genre « gravier de base » du Kattendijk particulièrement riche et à forte concentration de dents dites « fraîches ».
Quand, tout à coup, dans un bruit incongru pour les lieux, à consonance métallique, ils sentiront une sorte de résistance bizarre…
CarchaDOrias
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