Comment reconnaître le vrai Paleoman d’un faux ?
Par les temps qui courent, il convient de redoubler de prudence.
Sans compter ces pseudos « ambres fossiles » dont il fut question voici quelques semaines, ni ces agglomérats de trilobites marocains savamment disposés en cercle sur un plateau, et que l’on pourrait croire tous « morts-en-famille-dans-un-stupide-accident-d’autocar-en-revenant-d’un-pélerinage », s’ils n’avaient été constitués en réalité d’espèces souvent incompatibles, puisque issues d’époques géologiques différentes, nous sommes maintenant confrontés à un nouveau risque combien plus préoccupant : celui de rencontrer sur les terrains de fouilles des individus peu scrupuleux, qui pourraient tenter de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas.
Je veux parler de personnes mal intentionnées, qui tenteraient d’usurper l’identité de « notre » Paleoman.
Il est plus que jamais nécessaire d’être vigilants et de savoir distinguer l’original de… vulgaires contrefaçons.
Voici donc quelques méthodes d’approche, certes empiriques car issues de notre propre expérience personnelle, en ce domaine combien particulier…
Chaleur :
Très peu efficace !
Des années de prospection en compagnie du vrai Paleoman nous ont appris qu’il est quasiment insensible à cette composante spécifique. Comme ce fut déjà précisé auparavant lors la présentation générale du spécimen, ce dernier conserve sur tous les terrains une motivation prospective telle que sa capacité de résistance, tant aux extrêmes qu’aux simples écarts de température, se situe dans des limites non encore définies avec certitude, mais qui sont comprises au minimum entre les « moins quinze » et les « trente-cinq » (comptez quarante) degrés centigrades, peut-être même au-delà si cela s’avérait vraiment nécessaire…
Ne vous ridiculisez pas à tenter de le suivre dans cette aventure, auquel cas, selon toute probabilité, vous aurez soit gelé soit fondu avant lui.
Petit détail en passant : s’il se dégage à proximité d’un lieu de fouilles une forte odeur de caoutchouc ou de métal surchauffé, cela pourrait provenir autant de sa bêche que de son grattoir, voire être le fruit d’une rupture brutale de son petit tamis.
Acétone :
Assez étonnamment, l’effet de ce produit sur l’individu dont question est quasiment nul, d’autant que sa masse volumétrique est telle que nous ne vous proposons même pas de tenter l’expérience.
En effet, la quantité d’acétone, quoique très bon marché, qui serait théoriquement nécessaire pour dissoudre un tel spécimen serait pour le moins considérable, ce qui rendrait cette méthode d’un coût beaucoup trop prohibitif.
Frottement :
Cette technique vous est aussi fortement déconseillée.
Elle risque d’entraîner une réaction rapide sur les cheveux et/ou sur les poils de l’individu, de même que – d’une manière plus générale – une stimulation énergique pourrait influer sur toutes les parties de son anatomie qui sont susceptibles de se redresser.
A cet égard, le(la) lecteur(trice) intéressé(e) de tenter malgré tout l’expérience remarquera qu’un frottement très énergique n’est pas nécessaire, mais qu’il suffira dans certaines circonstances et à certains endroits d’un simple effleurement, ou d’une très légère caresse, pourvu qu’elle soit judicieusement dispensée.
Absorption :
A l’inverse, nous vous recommandons cette technique, qui est quasiment infaillible.
Pour y avoir recours, nous vous invitons à préparer un généreux spaghetti « sauce bolognaise ». Si vous vous basez sur les quantités traditionnelles, soit une portion largement suffisante pour rassasier un homme « normal », notre conseil : DOUBLEZ LA !
Si le spécimen ne vous paraît pas en mesure d’ingurgiter facilement cette dose généreuse, cela ne fait aucun doute : vous avez affaire à un faux. Par contre, si le sujet venait à vous réclamer une troisième portion, vous ne devriez alors plus nourrir aucune inquiétude sur son authenticité …
Grattage :
Cette méthode permet également d’obtenir quelques bons résultats.
Nous vous conseillons dans ce cas d’effectuer un prélèvement superficiel au niveau des vêtements du sujet, de préférence sur son pantalon. Les endroits de couleur verdâtre doivent impérativement vous amener à déceler des quantités significatives de glauconie.
Toute substance d’une nature artificielle, comme des traces de peinture par exemple, serait un indicateur qu’il y a bel et bien tentative de supercherie.
Flottaison :
Tout dépendra dans cette hypothèse de la quantité de couches que le spécimen aura préalablement superposées.
D’une manière générale, nous ne vous étonnerons pas en prédisant que le poids de l’individu étudié agira d’une manière inversement proportionnelle à l’épaisseur de ses textiles.
Nous devons bien entendu vous rappeler que l’expérience devra tenir compte de nombreux facteurs externes, voire d’éléments plus difficilement pondérables, l’un des moindres n’étant pas la quantité et la nature des sédiments accumulés à son insu dans ses poches, de même que le poids des échantillons divers qu’il y aurait (volontairement par contre) sauvegardés.
D’autre part, nous devons vous rappeler une règle encore plus fondamentale, un principe que n’aurait pas renié le grand Archimède lui-même, à savoir que tout Paleoman plongé dans un liquide en ressort souvent plutôt contrarié, voire même extrêmement mécontent.
De sorte que nous vous suggérons de ne recourir à cette méthode qu’à défaut de mieux, et de préférence en toute dernière extrémité.
Eau chaude :
En liaison directe avec ce qui précède, nous vous déconseillons de recourir à l’eau chaude, à moins d’en avoir au préalable savamment dosé (comprendre « modéré au maximum ») la température.
Tout excès en cette matière produirait la même réaction que décrite plus haut, voire même risquerait d’en décupler les effets contraires, au risque de provoquer une réaction en chaîne extrêmement violente et difficilement contrôlable.
Inutile de préciser que le principe inverse, soit le recours à un élément aqueux trop froid, risquerait d’engendrer le même genre de réflexe épidermique.
Dans les deux cas, un malheureux effet secondaire pourrait se produire, le sujet vous faisant vite comprendre qu’il y a lieu de cesser illico l’expérience. Cette invitation risquerait au passage, soit d’endommager durablement vos tympans, soit de voir la tentative brutalement interrompue au moyen d’un poing qui viendrait se placer millimétriquement à l’endroit précis où se situerait votre orifice nasal.
La plus grande prudence s’impose là également, mais comme dans toutes les expérimentations d’ailleurs !
Voilà.
Ce n’est qu’en suivant ces quelques conseils de base que vous serez à même de reconnaître le seul, le vrai et unique exemplaire, l’authentique Paleoman.
Soyez prudents : méfiez-vous toujours des imitations !