Les collections publiques protègent-elles le patrimoine géologique ?
Les extrémistes protectionnistes sont, dans le cadre de leurs colloques, prompts à prétendre que les collections d’amateurs sont perdues pour la science et que « le patrimoine paléontologique et minéralogique n’est sauvegardé qu’en entrant dans une collection publique ».
Voici pourtant quelques exemples, rigoureusement authentiques autant qu’éloquents, qui démentent ces affirmations plutôt utopiques ! Encore une preuve d’une certaine « méconnaissance du terrain » de la part de ces beaux parleurs…
La « Carrière de Jussieu »
Quelques amateurs, au fait des us et coutumes de rigueur dans le milieu universitaire, ont trouvé un moyen original de se fournir en minéraux à bon compte.
En effet, à Jussieu, lorsqu’un vieux professeur décède, il est coutume de transférer illico toute sa collection de spécimens géologiques, fruit de recherches et sujet d’études de toute une vie, directement à la benne à ordures !
Où, fort heureusement, des « petits malins », amateurs mais comme nous l’avons déjà à de maintes reprises répété, grands défenseurs du patrimoine, s’empressent d’aller faire les poubelles pour en récupérer les plus précieux échantillons !
Vidage de caves au Muséum
Cette anecdote, personnellement confirmée, a eu lieu il y a une petite décennie déjà.
A cette époque, devant héberger une expo temporaire, deux caves du Muséum de Bruxelles durent être vidées en catastrophe de leur contenu.
Des tonnes de fossiles provenant de fouilles réalisées aux environs de Couvin, dont des trilobites, précautionneusement récupérés, stockés en alvéoles cartonnées, étiquetés et bien emballés 25 années auparavant, furent déversées au conteneur.
Ils n’avaient jamais été étudiés, ni même examinés sur ce pourtant considérable laps de temps…
Le temps d’en remplir quelques sacs, et de les ramener en métro à son domicile, votre serviteur n’a pas eu la possibilité d’en sauver plus. Quelques heures plus tard, les fossiles partaient pour leur dernier voyage…
Le Muséum de Boulogne
Il y a quelques années déjà, le Muséum de Boulogne-sur-Mer a fermé ses portes.
A l’exception de quelques spécimens exceptionnels qui ont été dispersés dans les collections de l’université de Lille et d’Arras, la grosse majorité des pièces a malheureusement terminé à la benne !
Y compris, sans nul doute, des fossiles inestimables car découverts un ou deux siècles plus tôt sur des sites désormais inaccessibles par les Sauvage, Rigaux, Pellat, et tous les autres pionniers de la Paléontologie boulonnaise ! Lesquels étaient, comme vous vous en doutez sans doute, des amateurs éclairés.
Pour plus de précisions :
http://fossilesboulonnais.free.fr/poubelle.html
Est-il tellement difficile pour les gestionnaires de ce patrimoine, est-ce vraiment tant s’abaisser pour eux, de décrocher leur téléphone ou d’envoyer un mail à une association locale d’amateurs de géologie qui serait trop heureuse de venir gratuitement débarrasser les organismes susnommés des trop encombrants fossiles et minéraux ?
Tout en garantissant la pérennité de ce qui vaut la peine ! Quelques années de gagnées pour leur sauvegarde.
A quoi sert-il pour les instances officielles de créer des codes de déontologie conseillant aux amateurs de gérer le devenir de leur collection après leur disparition, si elles-mêmes n’en font le plus souvent qu’à leur tête à ce point de vue ?
Si d’aventure vous pensez léguer votre collection à un muséum public ou autre université, voici matière à méditation…
Phil « Fossil »