L’astéroïde n’a peut-être pas tué les dinosaures…

Publié le par Phil Fossil

 

Un principe scientifique même bien connu n’exclut pas que le chemin soit long de la théorie aux faits établis. C’est le cas en ce qui concerne l’extinction des dinosaures. Il y a environ 65 millions d’années un astéroïde frappa la Terre, finissant en un nuage bloquant les rayons du soleil et refroidissant la planète. Ce qui entraîna l’élimination des dinosaures et fit de la place pour les mammifères. La soudaineté des disparitions suggère un évènement cataclysmique, et la découverte en 1978 du cratère de 112 milles de diamètre et 65 millions d’années à Chicxulub dans le Yucatan semblait clore le débat.

 

Cependant, de nos jours, une nouvelle étude parue dans le Journal of the Geological Society remet tout en question. L’impact de météorite et l’extinction dinosaurienne n’ont sans doute pas été simultanés, mais séparés d’environ 300.000 ans. C’est un instant au point de vue géologique, mais il arrive juste à point pour faire vaciller la théorie de l’extinction due à l’astéroïde.

 

Le nouvel article controversé est écrit par les géo-scientifiques Gerta Keller de Princeton et Thierry Addate de Lausanne, en Suisse. Ils savaient tous deux que concurrencer la doctrine de l’impact ne serait pas facile. L’astéroïde a laissé un peu plus que son cratère comme carte de visite. L’enregistrement stratigraphique a révélé une fine couche riche en iridium un peu partout dans le monde. Cet élément rare sur terre est commun dans les météorites et un saupoudrage généralisé prouve l’impact. Sous la couche d’iridium on trouve une masse d’espèces, au dessus 65 % sont soudainement manquantes.

 

Mais Keller et Addate suspectaient une mauvaise lecture des enregistrements géologiques et fossilifères. Ils ont étudiés plusieurs sites mexicains, particulièrement celui de El Penon, très proche du cratère d’impact. Et se sont intéressés à une couche de sédiment épaisse de 30 pieds (10 mètres) juste au dessus de la strate à iridium. D’après leurs calculs le sédiment s’est déposé à un rythme de 0,8 à 1,2 pouce par millier d’années, ce qui donne pour les 30 pieds environ 300,000 ans pour sa mise en place.

 

Analysant les fossiles de ce petit gisement,  ils ont compté 52 espèces distinctes sous le niveau à iridium. En comptant ceux au dessus, leur résultat donne les même 52 espèces. Ce n’est que plus de 30 pieds au dessus, donc 300.000 ans plus tard, qu’ils détectent les extinctions.

 

« Le niveau à extinction de masse est visible au dessus de cet intervalle », dit Keller. « Pas une seule espèce ne disparut du fait de l’impact de Chicxulub. »

 

Les échantillonnages d’espèces de Keller et Addate n’apportent pas de conclusion définitive, des masses d’études depuis 1978 apportent la preuve que les extinctions sont bien en relation avec l’astéroïde. Mais le fait que les fouilles sont si proches du point d’impact entraine que les extinctions devraient y être plus sévères que partout ailleurs dans le monde. Au contraire les animaux semblent y avoir tous réchappé. D’autres paléontologues estiment que la proximité immédiate d’El Penon de l’astroblème rend les résultats non fiables. Les séismes et tsunamis résultant de la collision ont dû chambouler l’enregistrement stratigraphique, les couches et la ligne temporelle. Keller est en désaccord, et argue que la lente accrétion du sédiment qu’elle a enregistré avec Addate est complètement inconsistante avec un évènement soudain tel un tsunami.  

 

« Le complexe de grès ne s’est pas constitué en quelques heures ou quelques jours. », dit-elle. « Il fut déposé sur une très longue période de temps. »

 

Si l’astéroïde de Chicxulub n’a pas tué les dinosaures, qu’est-ce qui l’a fait ? Les paléontologues ont avancé des flopées de théories sur toutes ces années, incluant l’apparition de ponts continentaux permettant les migrations d’espèces et entraînant des épidémies fatales aux espèces autochtones non-immunisées. Keller et Addate ne voient pas de raison d’autant s’éloigner du modèle en vogue. Un phénomène atmosphérique a pu bloquer les rayons solaires et rendre la planète trop froide pour les dinosaures, mais cela n’est pas forcément venu d’un astéroïde. Cela peut être dû à des volcans massifs, comme ceux qui ont produit les trapps du Deccan en Inde à la même époque.

 

Pour les dinosaures qui ont péri il y a 65 millions d’années, l’extinction fut réelle, et la cause leur est restée étrangère. Mais pour les mammifères bipèdes qui ont pu se développer après la disparition des grands lézards, c’est la matière d’une éternelle fascination.

 

D’après Jeffrey Kluger, Times, 27/4/2009. Merci à Yves Devalckeneer !

 

Phil « Fossil »

 

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Publié dans Revue de presse

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P
Bonsoir les amis,Etant donné qu'ils n'ont pas détaillé les genres de fossiles qu'ils ont retrouvés en dessous et au dessus de la couche à iridium, difficile à dire si ce sont des dinosaures ou non...Merci Valentin, j'adore aussi cet oursin qui tombait à pic pour agrémenter une journée de fouilles déjà bien amusante ! Il est encore plus beau que ce que l'on trouve du côté de Haccourt et Lixhe.Amitiés !Phil "Fossil"
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O
Belle analyse, Valentin.
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V
Voilà en effet un papier qui fait (ou veut faire...) sensation. Cependant, on sait depuis des années qu'une grande extinction ne peut être le fruit d'une seule cause, mais d'une multitude se déroulant dans un laps de temps réduit... 300 000 ans est un laps de temps réduit, sachant que certaines extinctions de masses ont des durées qui frôlent les millions d'années. Un seul impact météoritique ne peut décimer un ordre entier de reptiles par exemple s'il en laisse d'autres "indemnes". Seule une conjonction de causes, dont les résultantes sur le milieu sont très complexe peut expliquer la sélectivité de certaines extinctions de masse.Phil, j'adore ton oursin du post plus haut!
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W
en tout cas c'est pas moi
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W
mais qui les as tué alors 
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