Les griefs reprochés aux amateurs paléontologues (2ème partie)
2/ les objets géologiques font partie du patrimoine de l'humanité, ils ne peuvent faire l'objet de transaction marchande.
Les objets géologiques d’un certain intérêt pour la Science comme des restes de vertébrés rares, de dinosaures, de primates, etc. font partie du patrimoine de l’humanité, c’est indubitable. Ils doivent autant que possible être récupérés et exposés dans un Musée ou laissés en place et être protégés par un bâtiment en dur.
Néanmoins il n’est d’aucun intérêt de protéger des invertébrés ou des vertébrés communs qui se trouvent à profusion, la Science ne va rien gagner à protéger quelques millions de rhynchonelles dans le Bathonien ardennais, les centaines de milliers de Rastellum de l’Oxfordien des Vaches-Noires, les milliards de mollusques du Lutétien du Bassin de Paris ou les innombrables dents de requins du Tertiaire belge ou de Floride, pour ne citer que quelques exemples. La protection doit se limiter à quelques sites, formations ou fossiles véritablement exceptionnels et de taille suffisamment réduite pour rester « gérable », mais elle doit être intégrale dans ces cas. Un bâtiment « en dur » doit recouvrir le site ou la partie de site à protéger, sinon l’érosion naturelle parfois importante rend toute tentative de « protection » légale du site totalement illusoire et utopique.
Les grands musées publics ne sont pas les derniers à échanger, à acheter ou même à vendre des « objets géologiques », et n’ont en ce domaine pas tellement de leçons à donner aux amateurs… C’est une des méthodes qui est indispensable à tout Musée pour obtenir du matériel varié et ne pas se limiter à des échantillons strictement locaux…
Les ventes de fossiles et de minéraux existent de longue date, et ont toujours été acceptées et même bienvenues par les musées qui ont ainsi pu faire une moisson inespérée de fossiles et de minéraux autrement promis à la destruction ou à l'oubli, sans devoir monter de coûteuses expéditions dans des contrées parfois lointaines, et ce sans la moindre garantie de résultat !
Ne citons que certains Archaeopteryx de Bavière, les splendides reptiles marins découverts en Angleterre par Mary Anning, les fossiles d'Iguanodon découverts par Mantell au Royaume-Uni, les cristaux géants exposés au Muséum de Paris. (qui sans ces transactions marchandes véritablement opportunes seraient devenus au Brésil des cendriers ou d'autres bibelots d'un goût plutôt douteux : belle manière de protéger le patrimoine géologique que de vouloir interdire leur vente et donc en définitive leur sauvegarde !)
Comme le confirment de nombreux professionnels de la géologie (voir Annexe 3 de mon article : les citations des géologues professionnels), depuis que ce "marché du caillou" existe cela a créé une dynamique qui a permis la découverte, l'étude scientifique et la préservation de millions de nouveaux spécimens de fossiles et de minéraux, souvent même de bien meilleure qualité que les pièces anciennes détenues en collection. C'est au point que certaines mines presque oubliées ont été réouvertes uniquement pour la récupération et la vente de minéraux de collection, au bénéfice des particuliers mais également des musées !
Et puis les tableaux, sculptures et autres œuvres d’art font également partie du patrimoine de l’humanité, ce qui apparemment ne suffit pas pour empêcher leur mise en vente et leur achat par le plus offrant… Pourquoi faire deux poids, deux mesures ???
Malgré ce que voudraient bien faire croire certains intégristes protectionnistes, doux rêveurs pas très au courant des réalités du monde actuel, les fossiles ne sont pas "gratuits" ! Ni bien sûr ceux qui ont été achetés, ni même ceux qui ont été personnellement découverts ou échangés !
En effet, ces derniers, pour arriver dans une collection, que cette dernière soit publique ou privée, ont dû faire l'objet d'une fouille.
Cette dernière est généralement le résultat d'un voyage plus ou moins long, ce qui implique des frais de carburant, d'hôtel, d'outillage à acheter, de courriers ou de coups de téléphone échangés avec les propriétaires des sites (carrières ou chantiers), d'achat de guides et de cartes topographiques et géologiques pour les repérages préliminaires, et j'en passe !
Une fois ramenés au domicile, les objets géologiques sont loin d'être présentables, ce qui implique encore d'autres frais : achat de produits chimiques pour le dégagement et la préparation des minéraux ou des fossiles (acides, dithionite, potasse caustique) ou d'outils mécaniques de dégagement (depuis les classiques petits marteaux, burins et crochets de dentistes jusqu'aux percuteurs pneumatiques, disqueuses à lame diamantée, et sableuses impliquant un compresseur d'air) sans oublier les produits permettant de "peaufiner" les spécimens après leur préparation (genre du "Perfektsteinpflege" qui protège et met en valeur le fossile, ou la colle à bois diluée pour la consolidation des gangues peu cohérentes), et bien sûr les nombreux ouvrages de détermination, et je ne parle même pas des dizaines d'heures passées à ce travail souvent ingrat.
Tout cela a un coût que l'amateur doit bien évidemment assumer. Il est à la fois logique et inévitable qu'à partir d'un certain niveau, il se voie presque obligé de se mettre à revendre les spécimens en double pour pouvoir continuer à financer ses recherches et sa collection ! Tout cela n'en fait pas automatiquement un négociant mercantile sans scrupules pour autant, quoi que certaines personnes décidément mal informées puissent en penser.
Phil "Fossil"
Extrait de mon article sur http://www.eulasmo.com
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