De lutilité des collections en Sciences de la Terre
Voici, extraites du texte fourni en lien ci-après, quelques citations de Jean-Claude Bouillard (*), à méditer !
Bien évidemment elles ont trait à la minéralogie, mais la paléontologie n’est qu’une autre facette de la même problématique et ne peut pas être envisagée séparément, quoiqu’en pensent les intégristes protectionnistes...
« L’Union fait la Force » pensent les collectionneurs, mais les intégristes préfèrent « Diviser pour Régner ! »
Phil « Fossil »
Apparues avec le développement d'une industrie métallique prospère en Europe, les collections de minéraux ont une histoire durant laquelle le statut des minéraux a fluctué. Les premières ont été constituées au XVe et XVIe siècle par des érudits qui, pour beaucoup, s'inspirèrent de l'histoire naturelle de Pline. Elles étaient surtout utilitaires. Plus tard, au temps des cabinets de curiosités (les Wunderkammer des XVIe et XVIIe siècles), les "beaux" minéraux sont considérés comme des joyaux et sont quelquefois intégrés dans des ouvrages de joaillerie ou des panoplies. Au XVIIIe siècle, ils deviennent des objets de prestige et constituent un grand thème de collection, comparable aux beaux arts. Au XIXe siècle, avec le développement de la minéralogie et de la cristallographie, on les considère surtout comme des objets de connaissance scientifique. Ils conservent parfois leur caractère précieux. Ainsi l'essor de l'industrie minière aux Etats-Unis, s'accompagne de la création de collections prestigieuses où l'or et les gemmes ont la part belle face aux spécimens "scientifiques". Les collections se diversifient. Jean-Pierre Alibert, qui fut le découvreur des gisements de graphite de Russie, l'avait bien entrevu, lorsqu'il écrivait en 1901 que : "La collection du Muséum d'Histoire Naturelle intéresse la science pure. La collection de l'Ecole des Mines est destinée à l'étude des minéraux.
La collection du Conservatoire des Arts et Métiers a trait à l'industrie. La collection de la Faculté des Sciences à la Sorbonne s'adresse aux artistes et aux savants". Une conclusion s'imposait déjà, il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais un type unique de collection de minéraux.
Les 60 premières années du XXe siècle, à cause des deux guerres mondiales, est une période de déclin, en France surtout. Les collections institutionnelles intéressent de moins en moins les scientifiques et sont souvent confiées à des personnels subalternes, ayant des notions scientifiques sommaires (Claude Guillemin fait alors figure d'exception). Les collections institutionnelles stagnent, les collectionneurs et amateurs se raréfient. A partir des années 1960, la société des loisirs signe leur renouveau et leur démocratisation. Grâce à un nombre accru d'amateurs et de récoltants ainsi qu'un marché de plus en plus actif, les minéraux deviennent relativement abondants et, pour beaucoup, d'une qualité jusque là inégalée. De somptueuses collections privées sont constituées et les collections institutionnelles, pour peu qu'elles l'aient voulu, se sont considérablement enrichies et renouvelées. ". La collection de minéraux Jussieu, par exemple, a beaucoup évolué depuis son origine à la Sorbonne : près de 70% des échantillons exposés a été acquis ses quarante dernières années !
Les collections, de qualités diverses, ont proliféré et prolifèrent encore. Les discours sur ce que devrait être une "bonne collection" aussi. Plus que jamais les minéraux sont tiraillés entre les statuts d'objet d'agrément, de prestige, de patrimoine, de savoir ou de recherche.
Des polémiques sont apparues. Claude Guillemin, par exemple, a fustigé les conservateurs-acheteurs sous prétexte que : "ce type de conservateur risque de perdre son esprit scientifique, ce qui réagira rapidement sur les collections où le côté esthétique et sensationnel étouffera complètement l'aspect scientifique et didactique qui est leur justification première".
A l'opposé, Paul Desautel, figure emblématique des conservateurs-acheteurs et grand animateur du marché minéralogique, a édicté une liste d'aphorismes célèbres qui mettent en avant les spécimens esthétiques et prestigieux ainsi que leur marché. Parmi ces aphorismes on peut citer : "the supply of specimens at any time is directly proportional to the stimulus of applied money" (l'approvisionnement en spécimens a, de tout temps, été proportionnel à l'impulsion générée par l'argent investi) ou bien "a good specimen is always a good specimen and vice versa " (un bon specimen restera toujours un bon spécimen et vice versa).
La polémique entre les tenants de la collection "scientifique" et ceux de la collection "artistique" s'est émoussée mais elle est encore sensible. A la fin du dernier millénaire, elle a été relayée par une autre polémique, tout aussi radicale, provoquée par l'influence d'un courant "New Age" mâtiné de pseudo-écologie qui a adopté une vision déifiée, animiste ou holistique (tout est dans tout) de la Nature.
Dans leurs dérives les plus extrêmes, les adeptes de ce courant voudraient que les minéraux, pour ainsi dire "sanctifiés", ne fassent pas l'objet de transactions commerciales, quitte à ce qu'ils restent définitivement enfouis dans les entrailles de la Terre. De plus, comme les collections incitent à la récolte, il faudrait interdire de collectionner !
Ces polémiques, comme c'est bien souvent le cas, sont stériles à long terme, et n'intéressent que ceux qui y trouvent un plaisir ou un intérêt. Elles ont cependant un effet bénéfique dans la mesure où elles provoquent une réflexion plus profonde sur les collections.
(*) Jean-Claude Bouillard
Conservateur de la Collection Jussieu
Université Pierre et Marie Curie
Paris - La Sorbonne
Lien vers l’article complet : http://www.geopolis-fr.com/i22-collection-mineraux.html
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