Géoportail : un outil précieux pour le passionné de géologie
Par Jean-Paul Herremans.
Le site Géoportail est une section du site de l’Institut Géographique de France IGN. Ce site présente une couverture photographique aérienne complète de la France associée à une couverture cartographique et une base de données sur laquelle tourne un moteur de recherche de lieux. Ce site est mis à la disposition gratuite du public (avec bien entendu un droit exclusif de l’IGN sur les produits, en d’autres termes l’usage doit rester strictement privé et non commercial). Sa création est une conséquence d’une directive européenne qui impose aux états membres la mise en place de ce type d’outils accessibles gratuitement aux citoyens. La première mise en ligne s’est faite en juillet 2006 (c’est donc encore un tout jeune site) avec un engouement énorme du public, chacun voulant voir sa maison (et effectivement dans beaucoup de sections la qualité est telle qu’on peut y distinguer sans problème les différents éléments de son jardin), de sorte que le site de l’IGN a été asphyxié pendant plusieurs jours par des millions de visites.
Par rapport à Google Maps et des sites dérivés, qui présentent de l’imagerie satellite, le site Géoportail de l’IGN présente l’avantage de livrer une couverture détaillée et homogène pour l’ensemble du territoire français. Google Maps n’offre généralement une couverture détaillée que pour les zones industrielles et les agglomérations les plus importantes. La qualité et la vision des détails pour les campagnes sont par contre médiocres et ne permettent pas une recherche efficace des sites, or c’est bien sûr dans ces zones que se trouvent la majorité des carrières, anciennes mines et affleurements naturels (ces derniers pour le sud de la France surtout). La qualité des photos de Géoportail n’est pas homogène car il s’agit d’une composition sur la base de nombreux survols aériens différents mais le niveau de détails est toujours intéressant et les fonctionnalités sont partout les mêmes. Les photos ne sont généralement pas très récentes (pour Google Maps c’est également le cas il suffit d’aller consulter les chantiers de rive gauche du Port d’Anvers sur Google Maps pour se convaincre que ce n’est pas tout frais). Donc la majorité des chantiers sont dépassés. En ce qui concerne les carrières l’outil est surtout utile pour la localisation mais pas pour l’état actuel de la carrière. Mais ne crachons pas dans l’assiette c’est déjà très bien, et l’examen de beaucoup de régions de France m’a permis de voir que dans beaucoup de cas les photos disponibles pour une localité donnée sont plus récentes que les cartes topographiques de la même localité. Une petite fonction du site permet d’ailleurs de connaître la date de prise de vue des photos qu’on utilise. Par contre pour les vastes zones d’affleurements naturels du sud de la France le vieillissement a peu d’importance l’évolution n’étant que très progressive. C’est sans doute dans ces zones là que l’outil trouve ses plus belles applications pour nous.
Par rapport à Google l’autre avantage décisif de Géoportail est que le matériel cartographique est d’excellente qualité : de très bonnes cartes routières de type Michelin on passe en agrandissant aux cartes topographiques de l’IGN proprement dites avec tous les détails habituels.
Les fonctionnalités du site sont nombreuses et en font sans doute le meilleur du genre. Depuis le rush du début l’affluence s’est calmée et la vitesse de travail sur le site est tout à fait honorable compte tenu de la lourdeur naturelle de fichiers photographiques de haute définition et de la gestion de nombreuses échelles de cartes différentes.
Quelques fonctions importantes. La possibilité de se déplacer, dans les cartes et dans les photos, vers les quatre points cardinaux ou en biais grâce à des flèches latérales sur lesquelles il suffit de cliquer. On peut également se déplacer en accrochant la photo ou la carte avec le pointeur (main préhensile, clic gauche) et la faire glisser à sa guise en maintenant le clic gauche enfoncé. La possibilité, grâce à un petit menu déroulant de passer en un clic du mode photo aux modes cartes, réseau routier ou relief. Les deux modes intéressants pour le repérage de sites sont photos aériennes et cartes. Petit avantage non négligeable si on passe du mode carte au mode photos aériennes ou l’inverse on reste exactement à la même échelle et on visualise dans le mode vers lequel on bascule exactement la même section de terrain que dans celui qu’on quitte. Cette fonction est vraiment très utile car dès qu’on a repéré un affleurement ou une carrière on peut passer en mode carte et on y trouve les noms de lieu dit, de communes ainsi que les routes, chemins et sentiers. Les photos et les cartes sont imprimables, l’utilitaire d’impression permet de recadrer le document à imprimer et donc de l’agrandir au maximum par rapport au format de papier sur lequel on imprime. L’exploitation de la photo aérienne permet de localiser des cheminements existant sur le terrain mais non repris sur les cartes.
Petites fonctionnalités supplémentaires : une petite carte dans le coin supérieur droit (masquable à volonté) indique en permanence la localisation globale en France de la section de terrain affichée ; au dessus à droite un outil de zoom avant/arrière ; on peut zoomer en avant par un clic gauche prolongé sur le document affiché.
Un moteur de recherche permet d’aller directement à une localité (commune) ou à un lieu dit, seul petit défaut (on n’est jamais content_) il faut introduire l’orthographe exacte sans quoi la recherche échoue généralement.
Je me suis exercé à faire du repérage sur et aux alentours de sites que j’ai parcourus plus ou moins récemment en Normandie, dans le Massif Central et en Provence. L’outil est vraiment très performant surtout si on peut l’allier à un certain bon sens et à une habitude de la pratique du terrain. On peut par exemple, surtout dans les régions comme les Alpes de Haute Provence, ou encore la région de Millau dans le Massif Central, où les affleurements naturels (badlands…) sont nombreux et étendus, suivre les couches et les strates et repérer facilement des affleurements supplémentaires d’une même couche dans des endroits invisibles (isolés sous forme de clairières au cœur d’un espace boisé par exemple) quand on est sur le terrain ou à partir du réseau routier. Ces affleurements parfois petits sont cependant souvent intéressants car éventuellement moins parcourus ou même simplement inconnus des amateurs (on a tendance à retourner dans les sites qu’on connaît et ce sont généralement toujours les mêmes qui sont repris dans les guides ou sur les quelques sites web qui renseignent des lieux de collecte). Des haldes d’anciennes mines sont parfois encore bien visibles au cœur des forêts (dans ce cas il peut être utile de travailler avec des jeux de cartes topographiques « papier » anciennes les mentions « mine » ayant tendance à disparaître au fil des éditions successives). En même temps tous les cheminements sont bien visibles et pas seulement ceux qui figurent sur les cartes mais aussi et surtout les cheminements naturels comme les trouées dans les forêts ou les espaces plus ou moins dégagés ou encore les zones de forêt claire. Ce qui permet de préparer à l’avance des séries d’affleurements potentiellement intéressants et le parcours à faire pour les atteindre même en l’absence de chemins au sens strict. Pour les secteurs prometteurs on imprime la carte à quelques niveaux de zoom différents et la photo aérienne à la bonne échelle et on est prêt à partir. En jouant ainsi sur le zoom on peut imprimer une carte générale permettant la première approche par route (en se raccrochant à la carte routière Michelin) et une ou des cartes plus précises permettant l’exploration proprement dite des gisements. Dans certains cas combiner l’usage de Géoportail avec celui de la carte géologique est également intéressant. Par exemple en Haute Provence les marnes bleues apparaissent assez souvent bien bleutées sur les photos mais ce n’est pas clair dans tous les cas, la combinaison avec la carte géologique pour les distinguer des terres noires permet de faire un travail très fin.
A noter que des outils comparables (mais nettement moins performants) existent pour la Flandre et la Wallonie. Leur utilité est nettement moins grande mais ils peuvent être utilisés de la même façon. Ils n’arrivent toutefois pas à la cheville de Géoportail.
Bonne recherche et n’hésitez pas à nous faire part de vos essais et de vos résultats.
Le site : http://www.geoportail.fr
Jean-Paul Herremans.
Publicité