Pourquoi trouve-t-on autant de dents de requins fossiles ?
Une constatation faite sur de nombreux sites fournissant des dents de requins fossilisées, l’on peut se rendre compte que ces dernières sont fréquemment trouvées en grande quantité. Quelle explication pourrait bien être donnée à ce phénomène ?
Il faut savoir que les requins possèdent des dents renouvelables, organisées en rangées qui sont générées dans le tissu conjonctif de la mâchoire, se mettent en place pour devenir fonctionnelles, sont utilisées, et finissent par se détacher pour être remplacées par d’autres.
Certains sites, comme la ville d’Anvers, étaient un golfe dans lequel les courants poussaient les carcasses de cétacés morts : les requins venant en masse à la curée perdaient quelques-unes de leurs dents ce qui peut déjà amplement expliquer la fréquence de ces dernières.
Néanmoins, des phénomènes supplémentaires sont venus, bien après le dépôt des sédiments, encore concentrer les restes de vertébrés !
Une partie importante des sables miocènes a été éliminé par l’érosion, il en a résulté le rassemblement de tous les objets plus durs (cailloux, ossements, dents) et leur concentration locale dans un « gravier de base » de quelques centimètres à décimètres d’épaisseur !
Certains graviers de base, vus en Belgique lors de grands travaux, pouvaient contenir jusqu’à 10000 à 20000 dents par mètre-cube de sédiment ! Le gravier de base du Lédien à Balegem , par exemple, pouvait fournir plusieurs dizaines de dents par tamis.
En ce qui concerne les sites internationaux, leur richesse en dents de squales peut être phénoménale ! Citons les phosphates du Maroc (Maastrichtien, Thanétien, Yprésien), le Miocène du Chili, de Floride, des deux Caroline, et de Nouvelle-Calédonie, le Pliocène du Pérou…
Même si les pièces découvertes dans un « gravier de base » ne possèdent plus d’information quant à leur contexte stratigraphique, il reste généralement possible de leur attribuer un âge en fonction de leur genre et espèce, de leur état d’usure et de la couleur de leur racine.
Par exemple, en ce qui concerne le gravier du Port d’Anvers, les dents d’étages suivants peuvent être découvertes :
- Eocène : dents noires très usées, les détails sont effacés
- Oligocène-Rupélien : dents usées, détails difficiles à distinguer
- Miocène : la majorité des trouvailles, leur préservation varie de moyenne à bonne. Tranchant de la couronne plus ou moins émoussé, ainsi que la racine plutôt brune à noire.
- Pliocène : dents « fraîches » à couronne très brillante, bien tranchante et racine gris-clair
Les espèces peuvent également servir à « caler » stratigraphiquement les découvertes. En effet Lamna nasus et Carcharodon carcharias (entre autres) sont exclusivement pliocènes, les Galeocerdo aduncus sont Miocènes mais également pliocènes, les Hexanchus gigas sont majoritairement pliocènes, les Carcharocles megalodon sont miocènes (malgré que quelques rares exemplaires plus « frais » semblent pliocènes), les Striatolamia macrota sont éocènes, les Carcharocles auriculatus sont éocènes mais des exemplaires sembleraient avoir survécu jusqu’au Miocène.
Bonnes découvertes !
Phil « Fossil »
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