La recherche des Carcharodon carcharias à Anvers (2ème partie)

Publié le par Phil Fossil

 
 
Mon cher Phil, je suis vraiment au regret de devoir te confirmer fermement toutes mes précédentes mises en garde.
 
Je profite d’ailleurs de l’occasion qui m’est offerte pour les renouveler et même pour aller plus loin, en prévenant tes fidèles lecteurs d’un grave danger qui les guette, s’ils n’y prennent pas garde, en se lançant mal préparés dans des campagnes de prospection improvisées autant qu’inconsidérées.  
Tu te souviendras pourtant que j’avais exprimé auparavant de très nettes réserves sur le fait que des personnes imprudentes, non spécialement formées et équipées, aillent s’aventurer sur les sables de l’Oorderen.
Car ne nous leurrons pas : la chasse au Carcharodon carcharias reste une affaire de spécialistes ! 
 
Mais depuis, j’ai encore beaucoup réfléchi sur cette épineuse question.
Je me suis aperçu que le danger immédiat était en réalité bien plus grand que je ne l’avais de prime abord évalué. Que veux-tu, Phil, mais à force de côtoyer la mort comme nous le faisons régulièrement sur le terrain, toi et moi, on finit soi-même par l’apprivoiser, et on en arriverait presque à la considérer avec indifférence, comme une incontournable vieille compagne !
Mais trêve d’une philosophie de bas étage (géologique uh uh uh…) !
Plus sérieusement, je ne peux décemment laisser mes semblables non avertis courir des risques démesurés et tâter d’un danger certain qu’il convient de ne pas sous-estimer, au risque de les retrouver très vite confrontés à des difficultés quasiment insurmontables. 
 
En résumé, la prospection sur mes - euh pardon - les sables de l’Oorderen doit être évitée à tout prix !
 
C’est un problème de santé publique.
A un point tel que je considère d’ailleurs qu’il est désormais de mon devoir moral de protéger mes concitoyens en attirant leur attention sur tous les pièges sournois auxquels ils s’exposeraient le cas échéant.
 
Tout d’abord, il ne faut pas négliger les risques d’empoisonnement pur et simple !
 
Car le simple geste anodin qui consisterait à ramasser sans précaution particulière, et à même le sol, une Carcharodon carcharias pourrait avoir des conséquences mortelles.
Compte tenu de l’indéniable tranchant d’un tel spécimen, même fossile, il ne faut en effet pas négliger ce problème inquiétant que représente la pollution généralisée et catastrophique qui doit malheureusement être constatée dans tout le zoning du port d’Anvers.
Une contamination aux métaux lourds notamment, qu’il ne faudrait certainement pas passer sous silence, ni minimiser, tant il s’agit en réalité d’un danger bien plus direct et immédiat pour le public que la perspective hautement improbable d’une quelconque fuite radioactive qui proviendrait de la centrale nucléaire de Doel.
N’ayons pas peur de le dire : la moindre coupure accidentelle, la plus légère entaille, la plus infime incision qui vous serait occasionnée à la suite d’un geste imprudent, qui consisterait simplement à ramasser sans un solide gant de protection une carcharias, en d’autres termes un incident qui resterait le plus anodindans des circonstances normales peut se révéler par la suite aux conséquences dramatiques.
Autant que définitives…
Je schématiserais bien en caricaturant « tétanos et gangrène, même combat…. », si ce n’était encore pire que cela.
Car il y plus sérieux : des intoxications non encore élucidées à ce jour ! 
Sais-tu, mon cher Phil, combien de personnes se sont ainsi retrouvées transférées en urgence au « Medische Dienst van het Instituut voor Tropische Geneeskunde » (soit le « Service Médical de l'Institut de Médecine Tropicale » à Anvers) sans que, malgré toutes les expériences accumulées au fil des décennies par cette noble institution, on n’ait pu venir à temps en aide à des malheureux qui y avaient été envoyés en désespoir de cause ?
En toute « dernière extrémité ».
C’est-à-dire bien trop tard !
Aucune statistique officielle sur ces tragédies trop méconnues n’est évidemment accessible, vous l’auriez aisément deviné, ce qui me fait penser que cela doit être un sujet sensible dans la région, voire un secret jalousement gardé de peur d’effrayer outre mesure une population qui a déjà suffisamment de soucis par les temps perturbés que nous connaissons.
 
Ensuite, mon très cher Phil, outre ces risques potentiels d’empoisonnement, tu conviendras que les candidats chercheurs s’exposent à des dangers plus ponctuels, mais non moins redoutables.
 
Je pense en particulier à la cécité.
 
Ainsi, pendant les périodes estivales et leurs longues heures de fort ensoleillement, au plus chaud de la journée, lorsque notre astre est à son zénith, outre le fait que le sable gris clair et les coquilles blanches de l’Oorderen aient déjà par eux-mêmes un pouvoir réverbérant considérable (qui peut d’ailleurs très vite devenir aveuglant et gêner considérablement vos recherches, voire les rendre impossibles, auquel cas je conseille d’abandonner sans hésitation), le simple regard direct qui viendrait à être posé sur une brillante « Carcharodon carcharias » est susceptible, si l’on n’y prend pas garde, c’est-à-dire sans protection adéquate, d’endommager irrémédiablement votre rétine.
Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : je ne peux dès lors que déconseiller formellement à toute personne, non pourvue de lunettes spécialement conçues à cet effet, de pratiquer ce genre de recherches sur le terrain ! 
D’autant qu’une perte de vision - fût-elle, avec beaucoup de chance, passagère et simplement momentanée - laisserait toute personne non avertie complètement désorientée, voire tellement désemparée sur ces grandes étendues désertiques que constituent les terrains de fouilles de l’Oorderen qu’elle risquerait fort de ne plus jamais pouvoir rejoindre la civilisation par ses propres moyens et qu’elle pourrait ainsi se mettre à tourner en rond pendant des heures sans même s’en apercevoir !
Des cas extrêmement graves d’une complète déshydratation se sont déjà produits par le passé, même si - pour des raisons obscures - aucune publicité n’a jamais été apportée à ce genre de faits divers tragiques.
Dans ce genre de mésaventures, personne n’ose parler et, dans le peu de cas contraires, la « canicule » aura toujours bon dos !
 
Que dire enfin, mon cher Phil - last but not mais alors là pas du tout least - de ces nombreux panneaux rectangulaires d’avertissement, à tête de mort, surmontant elle-même une mention « driftzand » (sables mouvants) peinte en rouge vif, ces plaques que tu ne connais d’ailleurs que trop bien, sinon que voilà encore la confirmation officielle d’un danger supplémentaire, qui font des sables de l’Oorderen un champ parsemé de pièges mortels, un espace sauvage et non balisé négligé par nos autorités politiques et policières.
Car comment expliquer autrement ces centaines de disparitions non élucidées qui se produisent chaque année dans notre magnifique pays ? Ni ces fréquentes découvertes de véhicules apparemment abandonnés d’une façon volontaire, soigneusement fermés, mais dont on ne retrouva jamais les infortunés conducteurs ?
Quand on pense à tous ces illuminés qui parlent d’enlèvements par des extraterrestres ou d’autres élucubrations du même genre, laissez-moi rire !
 
D’ailleurs, mon cher Phil, souviens-toi :
Combien de fois n’étais-tu pas étonné que je te laisse généreusement prendre de l’avance, sous les prétextes les plus divers ? « Relacer mes chaussures » par exemple, sans que - dans ton habituel empressement à fouiller - tu n’aie remarqué que je portais des bottes, ou « récupérer mon portable », alors qu’il n’y avait pas de réseau…
Sans aucun doute ne t’en rendais-tu même pas compte que, à distance respectable pour avoir une bonne vue d’ensemble, je veillais sur toi, me tenant à tout moment prêt, si tu rencontrais la moindre difficulté, à intervenir en allant chercher les secours !
 
Bien entendu, nonobstant ce qui précède et quoiqu’en restant vigilants, il convient de se garder de tout scénario catastrophiste, et s’en tenir à des réalités très concrètes ! 
 
Mais, pour en terminer par une ultime réflexion sur cette question, s’il ne fallait qu’une seule preuve supplémentaire des dangers que font courir les sables de l’Oorderen, j’inviterais à la trouver dans la linguistique.
« Carcharodon carcharias ! »
Reconnais tout de même, mon cher Phil, que le simple choix des termes devrait alerter les gens sur le caractère hasardeux de toute recherche sur un terrain qui ferait côtoyer de près une telle espèce.
Le choix des mots n’est pourtant en lui-même pas innocent !
Rappelons-nous tout de même ce principe fondamental qu’un nom scientifique n’est jamais choisi au hasard, mais qu’il est au contraire le fruit d’une longue réflexion, de débats extrêmement pointus.
Tenez, attardons-nous un peu sur l’appellation de quelques autres espèces.
Prenons des exemples concrets : ainsi, le très commun «Cosmopolitodus hastalis ». Voilà un nom presque féminin, tout en douceur. Ou comme cet autre « Parotodus benedeni ». Un nom plus massif, en rondeur celui-là, mais qui ne suscite en rien la peur. Ou « Hexanchus gigas », l’ancêtre du requin griset, tout juste bon à attraper quelques minuscules poissons. Enfin, si vous en avez l’occasion, prenez en main une « Carcharocles auriculatus » : voilà une dent faite de délicatesse, ciselée comme une dentelle de Bruges et d’ailleurs typique de la région de Gand.
 
Mais à l’inverse, reconnaissez que dès que l’on commence à parler du « Grand Requin Blanc », du « Great White Shark », ou du « gran Tiburon blanco », dans la plupart des langues, rien que les consonances sont elles-mêmes éloquentes.
Il n’est pas vraiment nécessaire de préciser « mangeur d’hommes ».
 
Allons même plus loin dans notre raisonnement.
Essayez, juste pour voir, d’articuler : Carcharodon carcharias ! 
Précisons, pour ceux qui ne seraient légitimement pas familiers avec toute cette nomenclature, qu’il faut prononcer « karkarodon karkarias ». Mon ancien professeur de Français, paix à son âme, n’aurait pas manqué de souligner cette étonnante double allitération des lettres « k » et « r ». Un nom extraordinairement rugueux donc, crénelé aux entournures, dont la simple prononciation deviendrait vite mordante, hachée et coupante à souhait, dont chaque syllabe résonne comme un coup de mâchoire, comme s’il avait été expressément choisi pour susciter l’effroi. Un peu comme Vlad Tepech, l’empaleur, celui dont l’histoire avait inspiré le mythe de Dracula. Rien à voir avec la finesse de la serrulation d’une Mégalodon. Le sourire d’un Carcharias incarne toute la sympathie d’un couteau à steak !
 
Voilà, mon Cher Phil, toutes les raisons pour lesquelles je ne peux plus continuer à laisser faire, au risque d’avoir d’épouvantables drames familiaux sur la conscience, à chaque fois que des imprudents s’aventurent dans mes - zut encore une fois - les sables de l’Oorderen.
 
Je t’en avais déjà touché un mot auparavant, et je te confirme encore une fois que toutes tes tentatives pour m’en dissuader seront désormais vaines. Je te l’ai dit et je te le répète, n’essaye pas de m’en empêcher : quoi qu’il puisse m’en coûter désormais, je vais bientôt passer à l’action en vue de protéger mes semblables contre eux-mêmes.
 
J’espère que tu le comprendras.
 
De grands changements sont proches…
 
Le Destin de la Paléontologie est en marche !
 
 
CarchaDOrias
 
 
Publicité

Publié dans Ecarts de CarchaDOrias

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Salut Phil !Qu'entends-je, un accident ? Pas trop grave, j'espère ???J'étais également en vacances, mais moi pas de fouilles ni d'internet. REPOS !A +, soignes-toi bien !Meggie
Répondre
P
Bonsoir chers amis,Très fine analyse, cher CarchaDOrias... A quelques détails près, le soleil avauglant et la canicule ne sont pas des termes que j'emploierais pour qualifier notre été bien belge de 2007...Et d'ailleurs la météo infecte que nous avons connue a fait des ravages en Auvergne également !Au point que nous n'ayons pas eu la chance de découvrir ne fusse que la queue d'un cèpe ! Rien ! Schnoll ! Nada ! Heureusement que nous avons eu la possibilité de nous rattraper sur quelques gîtes à minéraux, avant cet accident idiot autant que domestique qui nous a obligés à rentrer plus tôt que prévu !Vivement la suite, j'en salive d'avance, cher Dominique !Amitiés.Phil "Fossil"
Répondre
O
Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour protéger ''son'' territoire de chasse ...<br /> Blague à part, Carchadorias, bravo pour cet article ... heu ... ébouriffant ... déchirant (au sens propre du terme) ... enfin, génial quoi !
Répondre
W
 carchadorias bravo pour cette article mon prauvre phil en arriver là quel gachie hein des champignons au pier d'un volcan il doit vraiment être pas bien carchadorias tu doit faire quelque chose pour phil aide le tu sais c'est un brave type tu sais mais il faut le metre sur la bonne route l'auvergne sa lui ressemble pas guide le vers les sables d'Oorderens dit lui qu'il ne trouvera pas sa carcharias en auvergne au piep des volcans mais avec la chance qu'on lui connait il trouvera son bonheur là bas ou les sables vous brules les pieps et les mains lorsque l'occasion se presente de trouvé une carcharias il me fait peur un chercheur comme lui ce qui lui arrive est injuste dit lui que si il veut a tout prix manger des champignons pret de chez moi le bois lui donnera tout les champignons qu'il voudra  terminer comme sa c'est moche au piep d'un volcan heu il a fumé la moquette ou alors sa doit être le souffre que dégage le volcan snf snf phil pitié revient a la raison laisse carchadorias te soigné tu va voir sa aide !amitié werner
Répondre
C
En fait, je crois que je me suis trompé dans l'ordre des mots. Phil s'est endormi sur les flanc d'un volcan, histoire de digérer les cèpes qu'il a ramassés en n'ayant qu'à se baisser. Sans même creuser ni tamiser. Il s'encroûte, en ce moment, quel vieux fossile !
Répondre