Quatre jours de fouilles au Boulonnais (1ère partie)

Publié le par Phil Fossil

 

 

 

Après plus de deux années sans avoir pu prospecter cette région attrayante, il était assurément temps de reprendre la direction du « pays des ch’tis » et de goûter à la richesse de sa géologie, sans oublier sa gastronomie majoritairement basée sur les produits de la mer.

 

 

Vendredi 13 mars 2009

 

Le départ sera plutôt matinal, afin de pouvoir rejoindre notre auberge, proche du Cap Gris-Nez, avant midi. La route sera dégagée, c’est extraordinaire pour un jour de semaine, et nous arriverons juste dans les temps.

 

Le temps météorologique restera gris toute la journée, mais sec, c’est déjà ça.

 

Les bagages et autres provisions excédentaires dûment casés à l’hôtel, départ pour la plage et la falaise de Strouanne, toutes proches.

 

La marée commence à baisser, c’est idéal pour chercher au pied de l’avant-falaise et tenter de découvrir quelques fossiles albiens, cénomaniens ou turoniens parmi les éboulis et les galets de la grève.

 

Quelques ammonites crayeuses et/ou phosphatées Schloenbachia et Mantelliceras seront dénichées, ainsi que d’assez nombreuses ammonites pyriteuses, rassemblées par endroits en véritables amas. Quelques bivalves, gastéropodes et brachiopodes les accompagnent.

 

En faisant demi-tour pour rejoindre le parking, nous remarquons vers le large une grande panne qui laisse affleurer l’argile du Gault, et de très nombreux galets en silex et en phosphate noir. Ces derniers sont assez fréquemment des fossiles : ammonites classiques mais également des tronçons de déroulées, bivalves Birostrina sulcata et concentrica, gastéropodes albiens et cénomaniens inférieurs.

 

 


 

De nombreux galets de craie cénomanienne également présents sont des éponges Exanthesis meandrina, qui après dessalage dans de l’eau douce régulièrement renouvelée et séchage complet devront être sablées pour parfaitement révéler leur structure ondoyante typique.

 

La fatigue du trajet et des fouilles nous entraine à Wissant, sur le chemin de notre hébergement, afin de souper des délicieuses moules-frites de « chez Edwige », ce qui nous permettra de ne plus devoir ressortir de notre hôtel ce soir... Repos !

 

 

Samedi 14 mars 2009

 

Un coup d’œil par la fenêtre de la chambre nous montre une vue peu réjouissante : un brouillard à couper au couteau ! Nous décidons d’encore prolonger la nuit quelque peu… Le programme fixé la veille ne nous rendant pas particulièrement tributaires des marées dans l’immédiat !

 

Il en faudra certainement plus pour nous arrêter, néanmoins dès que nous mettons le nez dehors, un crachin tenace ne nous plait pas trop.

 

Nous empruntons, à vitesse réduite vu la brume, la route puis l’autoroute afin de rejoindre Le Wast. Là, il fait sec, plus clair et moins froid que sur la côte. Les champs des environs sont riches en fossiles du Bathonien, plus ou moins inclus dans un calcaire oolithique heureusement assez tendre.

 

Le plus grand champ est planté et donc impraticable, le plus petit est par contre exploitable et donne quelques fossiles bathoniens. Ce champ montre également une zone de marne ferrugineuse oolithique du Callovien, livrant quelques dizaines de bivalves Gryphaea sublobata, ainsi que de rares rostres de bélemnites mais ces sédiments ont probablement été amenés d’ailleurs car ils ne sont visibles que sur quelques dizaines de mètres-carrés.

 

En face, un chantier récent entoure un hangar, montrant l’oolithe bathonienne pas encore envahie de végétation. Nous commençons nos recherches, et les fossiles sortent plutôt nombreux : trigonies de plusieurs espèces, térébratules, rhynchonelles, oursins réguliers et irréguliers, coraux solitaires et bryozoaires se ramassent en bonne quantité sans même devoir gratter.

 


 

 

Nous reprenons la route vers la côte. Après un arrêt « provisions » dans un supermarché local, nous arrivons au petit parking au Nord de Wimereux où nous pique-niquons bien à l’aise. La mer est encore trop haute, nous devrons attendre une bonne demi-heure avant de nous équiper et de descendre sur le platier.

 

Les galets gris-bleus seront l’objet de toutes nos attentions, en effet ils englobent de temps à autre de beaux oursins gris très clairs qui se détachent bien sur la gangue très foncée (presque noire) quand elle est mouillée.

 

 


 

Avançant précautionneusement, aidé d’un râteau à manche moyen qui sert de canne, nous évoluons parmi les roches couvertes d’algues vertes bien glissantes et les galets de silex ou de calcaire, arrondis et fort casse-pipe ! Ceci tout en examinant soigneusement les graviers afin de ne rater aucun fossile portlandien intéressant. Les amas conséquents de petits galets seront ratissés, afin de maximiser les chances de découverte…

 

Quelques tubes de vers Glomerula gordialis, bivalves Protocardium dissimile ou Integricardium pellati sont dénichés, ainsi que deux blocs assez gros à oursins Hemicidaris purbeckensis ou Hypodiadema koenigii. Ces derniers devront passer à la sableuse pour devenir un peu plus présentables et déterminables au niveau spécifique.

 

La journée se termine, nous reprenons le chemin de l’auberge afin de nous reposer des fatigues consécutives aux fouilles sur les deux sites…

 

Nous aurons au moins appris une chose : cette journée aura été le « dernier test » permettant de déclarer le genou opéré « bon pour le service ». A la condition expresse, néanmoins, de se déplacer dans ce genre d’environnement avec toutes les précautions d’usage…

 

En passant devant notre restaurant local fétiche, le Bela Brise à Ambleteuse, réputé pour ses pantagruéliques autant que délicieuses paëllas portugaises aux fruits de mer, nous ne pouvons que constater l’irréparable : le bâtiment est en travaux, il ne reste plus que les murs, nous ne pourrons malheureusement cette fois satisfaire notre colossal appétit en ce domaine, encore exacerbé par plus de deux années de manque !

 

Nous dinerons donc à notre auberge, où les plats simples mais copieux tenteront avec un succès certain de compenser l’absence de la paëlla tellement désirée !

 

A suivre…

 

Phil « Fossil »

 

Publicité

Publié dans Comptes-rendus

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
Les ammonites pyriteuses que tu as découvertes le premier jour sont albiennes, je suppose ? Je serais très intéressé par voir des photos de ces ammonites et de celles récoltées in-situ dans l'argile de Gault.
Répondre
P
Bonsoir Olivier,En effet, mais je n'ai vu quasi personne sur cette plage lors de ma visite...Amitiés !Phil "Fossil"
Répondre
O
L'Argile de Gault qui affleure (de nouveau) dans la région, ça risque d'attirer du monde !
Répondre
O
Ah, ''enfin de l'action'' ! Chouette reportage, avec de bien belles photos. Tout ça m'a mis l'eau à la bouche (je parle de tes découvertes en matière de fossiles, car pour ce qui est des fruits de mer, malheureusement, je n'en suis pas très friand). Vivement la suite ...
Répondre