Les griefs reprochés aux amateurs paléontologues (4ème partie)
4/ le meilleur moyen de préserver le patrimoine géologique est de créer des réserves géologiques, de laisser les objets géologiques in situ.
Si les objets géologiques sont laissés « in situ », soit ils sont cachés dans la roche, invisibles, et ne profitent à personne, soit ils affleurent et le temps leur est compté ! L’érosion naturelle, en effet, va inéluctablement les détruire à plus ou moins brève échéance ! Chaque goutte d’eau, chaque plante qui pousse dessus, chaque nuit de gel suffit amplement à fragmenter un fossile souvent fragile ou à en altérer irrémédiablement sa surface ! Ne parlons même pas des galets projetés par les vagues, des blocs qui s’éboulent dessus ! Et là, à nouveau, une fois détruits ils ne profiteront à personne !
Certains fossiles doivent être gardés isolés de l’air humide (comme les fossiles pyriteux ou ligniteux qui nécessitent des traitements très spéciaux pour leur préservation) ce qui est totalement impossible à réaliser « in situ » et est déjà parfois très difficile à accomplir dans une collection gardée à l’abri. Les deux seuls exemples parmi tant d’autres des ammonites pyriteuses provenant de couches soumises aux marées, ou des célèbres Iguanodon de Bernissart dont les ossements imprégnés de pyrite doivent être constamment surveillés, sont éloquents.
Sans oublier le fait que l’étude scientifique d’un squelette de vertébré laissé « in situ » est à la fois une utopie et un non-sens total !!! Sans chercher plus loin, n’oublions pas que l’étude scientifique et la détermination de certains organismes invertébrés (comme les coraux et les brachiopodes) au niveau spécifique impliquent la réalisation de coupes sériées qui détruisent le fossile étudié. Comment réaliser cela « in situ » ??? Encore deux excellents exemples montrant sans appel que les intégristes qui « professent » ce genre d’idées dans le cadre d’un soi-disant « colloque géologique » n’ont aucune compétence en paléontologie et ne sont pas à leur place !
Les réserves géologiques ne protègent pas toujours les fossiles qu’elles contiennent, notamment en des zones soumises à une forte érosion comme en falaises côtières, par exemple. Le cas du Cap Blanc-Nez est particulièrement éloquent, en effet en certains points la falaise recule en moyenne de cinq centimètres par an, ce qui entraîne que tous les fossiles contenus dans des centaines de mètres cubes de craie sont promis à une destruction inéluctable si les amateurs n’ont pas l’autorisation de les sauvegarder !
Il n’est pas toujours possible de créer partout des réserves géologiques, par exemple lors de la découverte d’un site exceptionnel dans une carrière en activité ou un chantier important. Que ce soit un chantier d’autoroute, de canal, portuaire ou de TGV, l’aménagement d’un lotissement ou d’un « zoning d’activités », si quelqu’un n’intervient pas rapidement pour les récupérer, les fossiles seront détruits ou recouverts de béton, perdus pour tous. Dans ce cas les fossiles doivent être sauvés dans l’urgence et, vu que les scientifiques ne sont pas en nombre suffisant et ne disposent pas toujours de fonds adéquats pour être partout à la fois, c’est encore un cas de figure où les amateurs ont une immense importance de par leur nombre et leur disponibilité !
Il y a déjà une petite vingtaine d'années qu'une réserve géologique a été créée sur le fameux site fossilifère du "Mur des douaniers", à la frontière franco-belge entre Treignes et Vireux-Molhain. Depuis tout échantillonnage de fossiles est interdit sur l'intégralité du territoire de la réserve. Les demandes d'échantillonnage doivent être motivées et prévoir une équipe d'études pluridisciplinaire, un budget, enfin une masse de tracasseries administratives sans fin !
Depuis quasiment vingt années, ce site est "en sommeil", ne sera probablement jamais étudié comme il le mériterait, et les seuls articles parus sur sa faune l'ont été dans des fascicules de clubs d'amateurs sur base de pièces détenues dans des collections privées ! La plupart des scientifiques n'ont cure des invertébrés fossiles (les dinosaures, primates et mammifères ont nettement plus "la cote" vu leur impact médiatique) et les rares qui pourraient ou voudraient réaliser une étude sur cette faune sont découragés avant même de commencer.
Une association étudiant les trilobites de l'Eifel et des Ardennes et désirant comparer leurs faunes est ainsi bloquée, n'ayant pas la possibilité d'organiser des fouilles sur ce site, fouilles qui leur permettraient enfin de réviser l'entièreté de la faune ! Elle doit donc très logiquement faire appel aux amateurs géologues afin d'obtenir en prêt du matériel d'étude anciennement récolté et provenant de ce gîte mythique...
On pourrait légitimement se demander si le "classement" d'un site ne devrait pas, un peu comme les brevets, être instauré pour une durée maximum limitée, par exemple 20 ans, et si aucun travail scientifique n'a été réalisé à l'expiration de ce délai, être remis dans le "domaine public"... Cela afin de ne pas "bloquer" ad vitam aeternam un site qui, par cause de tracasseries administratives sans fin ou manque évident de motivation des détenteurs du "monopole" de fouilles, ne sera jamais étudié ni mis en valeur.
Protéger le patrimoine est une intention certes louable, mais si ce patrimoine n'est jamais étudié ou répertorié, à quoi sert-il de le protéger à perpétuité ???
Les réserves doivent être de taille raisonnablement limitées, afin de rester "gérables" et de pouvoir protéger par un bâtiment en dur la partie intéressante.
Un bon exemple en est le "Géo-Park" récemment créé par le Service Géologique de Belgique à Hoegaarden près de Tirlemont. A cet endroit, lors des travaux du TGV Bruxelles-Cologne, ont été découverts de nombreux troncs fossiles qui attestent de la présence d'une ancienne forêt de cyprès des marais datée du Thanétien. (52 millions d'années)
Une grosse partie des bois a été sauvegardée des pelleteuses par des amateurs locaux, bien avant que le Service Géologique ne commence à s'en occuper mais une bonne série de pièces ont néanmoins été récupérées et étudiées conjointement par le Service Géologique de Belgique, le Muséum des Sciences Naturelles et l'Université de Liège.
A un endroit un bâtiment couvert en bois a été créé pour protéger quelques mètres de coupe et permettre son étude et sa consultation par les générations futures, les bois fossiles récupérés ont été rassemblés pour exposition, malheureusement ils sont disposés à l'air libre et donc sujets à l'érosion naturelle par les intempéries ! Seule une surface d'un are ou deux a été protégée par une clôture et des serrures, le reste est inaccessible car enclos dans la tranchée du TGV. Néanmoins des bois fossiles de plus petite taille peuvent encore être découverts à la surface des champs avoisinants après les labours, permettant aux amateurs de continuer à exercer leur hobby.
Un autre excellent exemple de ce qui devrait être fait est la "Carrière Musée de Channay-sur-Lathan", en Touraine, jumelée avec le "Musée du Savignéen" de Savigné-sur-Lathan. Là une ancienne carrière de faluns a été préservée. Elle comporte des panneaux explicatifs, des coupes stratigraphiques dont une partie recouverte d'un toit en tôles, des bancs pour pique-niquer, un parking, des poubelles pour les déchets et même une zone de fouilles autorisées où les visiteurs peuvent chercher quelques fossiles typiques de l'Helvétien marin ! C'est indubitablement un exemple dont d'autres sites pourraient s'inspirer !
Cela démontre bien que le seul et unique intérêt des objets géologiques est d'être collectés et étudiés, les laisser se détruire lentement sur un site par altération naturelle est un non-sens total !
Rendre la communication obligatoire de la localisation dans l’espace et dans le temps de tous les futurs chantiers à tous les scientifiques concernés pourrait constituer un embryon de solution, même si cela ne règlerait pas le problème du manque chronique de moyens humains et financiers de ces derniers. Là, les géologues amateurs constituent une solution à la fois pertinente et économique !
La seule et unique manière de protéger durablement le patrimoine géologique, c’est à dire les fossiles et minéraux, de n’importe quel site est de les extraire, les dégager de leur gangue pour les rendre présentables, et de les stocker dans une collection visitable, étant donné qu’il est virtuellement impossible de recouvrir l’entièreté de chaque site classé d’un bâtiment « en dur » chauffé avec un degré hygrométrique constant, seule possibilité pour freiner ou stopper l’érosion !!!
Phil "Fossil"
Extrait de mon article sur http://www.eulasmo.com
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